Etats Généraux des Migrations

Rouen a accueilli le 30 mars, les Etats Généraux des Migrations. Voici quelques notes prises de la conférence d’Alain Morice chercheur pour « migrations et sociétés » à Paris VII, membre du réseau Migreurop :

La conférence a été le temps fort d’une après-midi consacrée aux migrants avec des travaux en atelier : conditions d’accueil en préfecture, mineurs isolés, femmes migrantes et santé, situation des « dublinés ». Sur le premier point, A Rouen, on pouvait dialoguer avec le préfet, cela est devenu impossible avec la préfète qui était à Rouen jusqu’en avril : « Ne me parlez d’aucun cas, la personne n’a qu’à se présenter demain à la préfecture, ce serait de la discrimination ! »

Les problèmes liés aux migrations sont anciennes mais la construction de l’Europe a fait évoluer les situations vis à vis du reste du monde. Shengen a permis des mécanismes d’inclusion entre Européens mais les habitants des autres continents sont des intrus. La France et l’Allemagne sont des pays de vieille immigration alors que les pays du Sud de l’Europe ont été des pays d’émigration, aujourd’hui confrontés à une immigration massive. Cela a commencé en Italie avec les Albanais fuyant le régime d’Enver Hodja.

On ne peut plus être considéré comme réfugié si on vient d’un pays tiers « sûr ». Avec le traité d’Amsterdam en 1997, tout demandeur d’asile devient suspect de vouloir rentrer en Europe pour des raisons économiques.

En France, une personne est réfugiée seulement si elle apporte la preuve qu’elle a été persécutée par un Etat. On peut rester indéfiniment à Roissy dans la zone internationale car on n’est pas encore en France.

En 2002, Nicolas Sarkozy ferme Sangatte, ce qui entraine la jungle de Calais. Les frontières se militarisent en 2004 avec l’agence Frontex. On crée une loi sur la lutte contre l’émigration irrégulière, ce qui n’a pas de sens car la déclaration Universelle des Droits de l’Homme permet à chacun de pouvoir quitter son pays même si elle n’oblige pas un autre à le recevoir.

On externalise le problème avec les accords de Cotonou, la coopération est maintenue uniquement avec les pays qui évitent l’émigration ou acceptent de reprendre leurs émigrés. Des officiers de liaison sont envoyés pour former les fonctionnaires locaux à repérer les faux papiers.

La répression est renforcée contre l’immigration, à Malte, on garde des gens en prison pendant 20 mois ou on les met dans une barque : « l’Italie, c’est tout droit ! » En 2005, ceux qui entrent au Maroc dans l’enclave de Ceuta sont réprimés par les Marocains.

En 2007, on met des pêcheurs tunisiens en prison pour avoir sauvé des gens qui se noyaient au motif que cela va provoquer un appel d’air. « Les gens savent qu’on va les sauver ! »

Les choses s’aggravent avec le printemps arabe en 2011, les accords de Khartoum en 2014 se font avec des dictatures qui sont financées pour éviter l’émigration, cela ne fait que renforcer le problème puisqu’on favorise le maintien des dictatures. Avec les combats en Syrie en 2015, les naufrages se succèdent, on parle désormais de migrants. L’Italie essaie de faire face avec « mare nostrum » mais se sent bien seule, ce qui conduit Salvini au pouvoir. En Europe de l’Est, on les refoule, ce sont les pays de Visegrad. Les tentatives de relocalisation restent très limitées. Au final, 34 000 personnes sont mortes depuis 15 ans en traversant la Méditerranée.

On aurait pu rendre hommage au moment de l’Armada à l’Aquarius pour les vies sauvées, malheureusement, il n’y a plus de place sur les quais !