Enquête Covid-19 Rouen

Impact de la pandémie sur notre travail : une enquête d’envergure auprès de tous les personnels

Le questionnaire a été lancé le jeudi 30 avril soit plus d’un mois après le début du confinement et quelques jours après l’annonce de la date du déconfinement et de la reprise de l’école programmée le 11 mai.

Comme syndicat général de l’Education nationale, il paraissait judicieux pour le Sgen-CFDT Haute-Normandie de donner la parole à l’ensemble des personnels. Les réponses à l’enquête, par la grande diversité des situations, constituent une base solide de réflexion. Toutes les professions ont répondu : 1194 réponses dont 74,3 % de femmes, soit 4 % de taux de réponses (population de 29 627 personnels interrogés).

Retrouver l’intégralité des résultats de l’enquête :

En première ligne pour la reprise, les personnels des écoles et des collèges ont majoritairement répondu (37,4% pour les écoles et 29,7% pour les collèges).

Les enseignants du premier degré étaient très sensibilisés et 2,5 % des directeurs ont participé à l’enquête (2 080 écoles).

Certaines professions ont un taux de réponses supérieurs à leur représentation dans l’académie, dans l’ordre : les CPE, les personnels de direction, les psyEN, les infirmières et assistantes sociales et les AESH (lire l’article sur la mobilisation des assistantes sociales).

La Gestion de crise doit nous amener à repenser le pilotage de notre système éducatif :

Malgré la faiblesse des consignes au début du confinement (32,43 % n’en n’ont jamais reçu et 35,5 % les ont trouvé insatisfaisantes), les cadres, les personnels d’éducation dans le 2nd degré et les directeurs et directrices d’écoles ont été en première ligne pour répondre aux sollicitations, venir en appui des collègues ou organiser le travail. Il n’en demeure pas moins que le sentiment reste très mitigé sur la capacité de notre système à gérer une crise rappelant dans notre académie l’épisode de Lubrizol. L’imprécision des consignes de travail a été une difficulté à surmonter pour 38,6 % des répondants.

Alors que l’enjeu de la continuité pédagogique occupait médiatiquement les esprits, c’est aussi la continuité administrative et la place des personnels administratifs qui a été interrogée dans la période (lire l’analyse du Sgen-CFDT).

Pour le Sgen-CFDT, l‘autonomie des acteurs de terrain et la reconnaissance de leur expertise sont la garantie d’un retour serein et réussi des élèves et des personnels (lire l’analyse du Sgen-CFDT pour les personnels de direction).

Alors que l’enquête a montré que 67,2 % des personnels craignaient d’assumer la mise en place des nouvelles organisations pédagogiques, cette crise qui ébranle notre système doit malgré tout nous conduire à co-construire une autonomie responsable et garante des valeurs de l’école (lire l’avis d’un IA-IPR).

le confinement reste une expérience éprouvante

Dans 89,4 % des cas, personne ne s’est soucié des conditions de travail des personnels alors que les difficultés matérielles furent importantes pour de nombreuses personnes (47,5%). Maintenir le lien social et chercher à entretenir des relations professionnelles ont été à la fois une source de difficultés et malgré tout déterminant pour poursuivre le travail à distance.

La grande majorité des personnes ont eu besoin d’aide et deBULLE CFDT formation. L’entraide entre collègues (59,6%) a été la première ressource largement devant les cadres hiérarchiques (seulement 15,3%). L’autoformation a été nécessaire et 63,2 % ont eu recours à Internet pour trouver des solutions.

Le télétravail en confinement obligeant à réorganiser sa vie familiale autour du travail et apprendre à maîtriser de nouveaux outils a occasionné une surcharge de travail pour 48,1 % des sondés.

Dans ce contexte particulier, 52,3 % des répondants ont eu des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle. L’organisation familiale, s’occuper et suivre la scolarité des enfants, effectuer des tâches ménagères plus importantes apparaissent comme les principales raisons de ces difficultés.

Les personnels ont été très occupés durant cette période de confinement mais les conditions et le sens du travail, exercés dans un climat de stress du fait des difficultés informatiques, des nombreuses incertitudes, de l’angoisse et parfois d’un sentiment d’inutilité ont montré que cette période a été très éprouvante.

Un télétravail a encadrer :

Durant le confinement, 83,2 % des personnels étaient en télétravail à temps plein.

Ce travail à domicile forcé n’était pas du télétravail au sens réglementaire du terme et tel qu’il est encadré dans le décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature. Un nouveau décret encadrant le télétravail occasionnel est paru le 6 mai dernier (lire notre article), mais pour la CFDT et le Sgen-CFDT, il reste des zones d’ombres, ce qui pose clairement le financement des équipements informatiques, la gestion et la reconnaissance du temps de travail

(lire l’argumentaire Uffa CFDT : « Quel télétravail pour la fonction publique ? ».

 

Reprise : rôle du syndicat et apprentissage de nouveaux gestes professionnels :

Depuis le 11 mai, la reprise s’effectue progressivement dans les écoles et plus récemment dans les collèges. Cette reprise apparaissait comme inquiétante pour 65,5 % des répondants et difficile à mettre en place pour presque 94 % d’entre eux.

Dans les faits, le contexte anxiogène a été fortement ressenti par les équipes militantes du Sgen-CFDT. De nombreuses interrogations subsistent sur le retour en présentiel, l’application du cadre sanitaire, l’organisation pédagogique et l’articulation du travail présentiel et distanciel (une crainte exprimée par 86,2 % des répondants avant la reprise effective). Partout, dans les écoles, collèges, les services déconcentrés, nous sommes intervenus rapidement pour signaler des difficultés auprès de l’administration afin de répondre efficacement aux attentes des personnels. A chaque fois nous avons été écoutés et entendus. (Retrouver la plupart des réponses à vos questions sur notre site).

Dans la perspective d’une situation sanitaire qui perdure, le respect des gestes barrières va entraver certaines pratiques pédagogiques. Les travaux de groupes, les manipulations, les jeux sont autant de situations qui vont modifier les postures habituelles dans de nombreuses classes comme les maternelles, l’EPS, les disciplines scientifiques, technologiques et professionnelles (EPS : le Sgen-CFDT donne son avis et vous donne la parole).

Les configurations en îlot seront-elles remises en cause car elles ne garantiront plus la distanciation nécessaire ? Que dire du ramassage des copies, des cahiers, des livres ? Faudra-t-il privilégier le travail uniquement en frontal au détriment de la proximité ?

Pour le Sgen-CFDT, ce sont bien de nouveaux gestes professionnels qu’il faudra désormais acquérir sans s’interdire de venir aux contact des élèves lorsque nous le jugerons utile. Le port du masque, l’application de gel hydroalcoolique avant et après seront autant de précautions à prendre pour ne pas renoncer aux formes de pédagogies auxquelles nous sommes attachés.

Une volonté d’optimiser sa pratique pédagogique, proposant plus d’aide, de différenciation, dans une relation différente avec les élèves et les familles :

Quoi qu’il advienne dans les prochains mois, vous êtes nombreuses et nombreux à voir des évolutions positives. Cette expérience pourrait marquer les pratiques pédagogiques. L’usage du numérique apparaît pour 61 % des répondants comme une opportunité. Enrichi de cette expérience inédite, beaucoup d’enseignants veulent tirer profit des pratiques mises en place depuis le confinement et quelques uns s’aventurent même à penser que l’hybridation de l’enseignement fait d’alternance entre le présentiel et le distanciel pourrait finalement être un moyen de soulager certaines classes surchargées. Cet enseignement à distance a largement reposé sur les technologies de l’information et de la communication (TICE). Réservé à quelques uns, notamment par la pratique des classes inversées, le numérique a montré toute l’étendue de ces possibilités. Le soutien, la différenciation, l’autonomie des élèves, l’interactivité avec les parents reviennent régulièrement dans les réponses.

Les enseignants ont constaté que le numérique a invité les élèves a plus d’autonomie, la mise à disposition des outils a incité à diversifier les activités et à varier les ressources. La continuité pédagogique a imposé des démarches plus formatives, les QCM en ligne ont permis d’étoffer notamment la nature des évaluations.

Alors que les gestes professionnels sont à adapter au cadre sanitaire, que certains ont exprimés avec inquiétude la désociabilisation induite par la distanciation, il y a d’ailleurs beaucoup d’expression en ce sens de la part des collègues de maternelles. Paradoxalement, la distance physique n’a pas entamé la proximité avec les élèves. Bien au contraire, nombreux sont celles et ceux qui revendiquent que cette période a été propice à améliorer la proximité avec les élèves et les familles. Mails, SMS, téléphone, classe virtuelle, autant de dispositifs qui ont maintenu et renforcé les liens. C’est aussi la confiance envers les profs qui a été affirmée. Enseignants dénigrés, brocardés jusqu’alors, la société leur a rendu hommage. Les témoignages recueillis dans l’enquête expriment cette reconnaissance des parents et des élèves, remettant enfin sur le devant de la scène le rôle et l’importance des enseignants.

Une fracture numérique et sociale qui marque les inégalités :

Si le télétravail a été fastidieux pour les enseignants, la fracture numérique a été perceptible en termes d’équipements et de compétences chez les élèves. La moitié des élèves (49%) avaient un équipement inadapté et des lacunes en informatique. Nul doute qu’ils auront progressé mais ce constat interroge notamment la certification B2I en collège ainsi que les contenus et les modalités de l’enseignement de SNT en seconde.

Quant au taux de décrochage, très variable selon les classes, il est beaucoup plus important que ce qu’affirmait le ministre de l’Éducation nationale, en moyenne de l’ordre de 17 %.

L’optimisme à faire évoluer les relations et les pratiques, l’espoir et l’enthousiasme suscités dans certaines expressions n’écartent pas une autre réalité, celle de l’hétérogénéité des élèves. Les plus fragiles, les plus éloignés des codes scolaires, les élèves qui subissent la fracture numérique, les trop nombreux « décrocheurs » qui échappent aux radars et creusent encore plus l’écart avec les élèves qui auront appris et progressé. Nombre d’entre vous ont perçu cette tragique réalité.

Préparer maintenant la rentrée 2020 :

Alors que la majorité des personnels se sentait perturbée (50,3%) et déroutée (43,1%) par le confinement, la reprise dans les écoles, collèges et services déconcentrés reste toujours inquiétante et laisse sceptique le plus grand nombre. Pourtant, l’ensemble des organisations syndicales représentatives (sauf FO), partage la conviction que la rentrée 2020 doit se préparer maintenant en y associant largement les personnels (lire le texte intersyndical).

La sécurité des personnels et des élèves est une priorité, c’est le cadre sanitaire strict qui conditionne les réouvertures mais, localement, les personnels doivent être partie prenante des discussions.

La situation sanitaire risque d’être très fragile en septembre. La reprise à petite échelle permettra de tirer des enseignements. La réouverture des lycées au 1er juin, alors que la plupart des conseils de classe vont se tenir début juin et clôturer symboliquement l’année scolaire pour les élèves, pose la question des missions de cette reprise. Pour le Sgen-CFDT, il est nécessaire de donner du sens aux réouvertures sachant que le « lycée d’après » ne sera pas celui d’avant le confinement (lire la position du Sgen-CFDT sur la réouverture des lycées).

Alors qu’il apparaît impératif de penser et d’anticiper collectivement « le jour d’après » en faisant confiance aux acteurs locaux, cette période a mis en lumière toutes les faiblesses de notre système éducatif, profondément vertical et englué dans des procédures administratives très centralisées, organisation dénoncée par le Sgen-CFDT et la FEP-CFDT lors du dernier conseil supérieur de l’éducation (lire la déclaration au CSE).

 

L’ensemble de la CFDT – 1ère organisation syndicale en France – est mobilisée auprès de chacun.e dans cette période de pandémie.

  • Notre priorité, vous répondre vite et bien.

  • Notre soucis, vous garantir une relation personnalisée.

  • Alors pourquoi ne pas adhérer au Sgen-CFDT ? La réponse ici.